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États généraux de l’information : « Bolloré peut dormir tranquille »

  Par  Alexis Lévrier , Sorbonne Université Grand chantier voulu par Emmanuel Macron, les États généraux de l’information ont mobilisé 22 assemblées citoyennes, 174 auditions, des dizaines de contributions écrites, et ce, pendant 9 mois de travaux. Leurs préconisations ont été remises au président de la République, jeudi 12 septembre. Répondent-elles à « l’urgence démocratique », alors que le journalisme et le droit à l’information sont menacés ? Entretien avec le chercheur Alexis Lévrier. Comment avez-vous reçu les conclusions de ces États généraux de l’information voulus par Emmanuel Macron ? Il s’agit d’une immense déception. Concernant les médias, la seule promesse de campagne du candidat Macron, c’était ces États généraux de l’information (EGI). Ils ont été lancés d’une manière très solennelle, puis de nombreux intervenants de qualité ont participé aux groupes de travail. Le rapport pointe justement une urgence démocratique à protéger et à développer le droit à l’

Tribune : oui à un ministère du Numérique de plein exercice !

 

numerique

Par Kevin Polizzi, Président Unitel Group

La récente nomination de Michel Barnier au sein du gouvernement français marque un changement de cap significatif, notamment en ce qui concerne la stratégie numérique de la France et de l’Europe. Fort d'une carrière politique riche, tant au niveau national qu’européen, le nouveau Premier ministre est une figure respectée pour son expertise dans des domaines cruciaux tels que les négociations commerciales et la régulation. Cependant, c'est son influence potentielle sur les questions numériques qui suscite aujourd'hui un espoir particulier.

Une expertise européenne au service du numérique

Michel Barnier est avant tout un Européen convaincu, qui a joué un rôle clé dans des dossiers d’envergure, notamment comme négociateur en chef du Brexit pour l'Union européenne. Cette expérience le place en position idéale pour aborder les problématiques numériques avec une vision transnationale. Dans un monde de plus en plus interconnecté, où les frontières traditionnelles s’effacent devant la montée des géants de la tech, sa compréhension fine des enjeux globaux sera précieuse.

La régulation des grandes entreprises du numérique, un chantier déjà amorcé par l'Union européenne avec des initiatives telles que le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et le Digital Services Act (DSA), pourrait connaître une impulsion majeure sous son impulsion. Barnier a toujours plaidé pour un encadrement strict des multinationales de la technologie, et sa nomination pourrait renforcer la posture de la France dans la lutte contre les monopoles numériques et la protection des citoyens face à l'exploitation de leurs données personnelles.

Un coup d'accélérateur pour la souveraineté numérique

La question de la souveraineté numérique, l’un des grands chantiers du gouvernement actuel, pourrait aussi trouver en Barnier un allié stratégique. En effet, la crise du Covid-19 et les récentes tensions géopolitiques ont révélé les vulnérabilités européennes en matière de technologies critiques, notamment vis-à-vis des infrastructures cloud et des réseaux 5G, dominés par des acteurs américains et chinois. Le défi est donc de taille : développer des solutions européennes souveraines pour garantir l'indépendance technologique de la France et de l'Europe.

Michel Barnier, avec son expérience des négociations commerciales internationales, pourrait jouer un rôle déterminant dans l'élaboration d'une stratégie industrielle ambitieuse pour renforcer l'écosystème numérique européen. Sa connaissance des rouages européens sera un atout pour faciliter la coordination des États membres sur des projets comme Gaia-X, l’initiative européenne visant à créer un cloud souverain. Ce projet, qui reste pour l’instant embryonnaire, pourrait bénéficier de son soutien pour atteindre la maturité et offrir une véritable alternative aux géants américains et chinois.

Un élan vers une transformation numérique inclusive

Au-delà de la régulation et de la souveraineté, Michel Barnier pourrait aussi s'engager en faveur d'une transformation numérique plus inclusive. La fracture numérique reste un problème majeur en France, avec de nombreuses zones rurales ou défavorisées encore en retard en termes de connectivité et d’accès aux outils numériques. La transition numérique doit être une opportunité pour tous, et non un facteur d’exclusion.

Dans ce contexte, Barnier pourrait soutenir des initiatives pour accélérer le déploiement de la fibre optique et des infrastructures 5G dans les zones moins bien desservies, tout en veillant à ce que les citoyens et les petites entreprises puissent profiter des outils digitaux dans leur quotidien. L’enjeu est non seulement d’étendre la couverture numérique, mais aussi de fournir les compétences nécessaires à chacun pour s’adapter à cette nouvelle ère.

Une vision prospective pour la France numérique

La nomination de Michel Barnier au gouvernement envoie un signal clair : la France entend jouer un rôle de premier plan dans la régulation et le développement des technologies numériques. Son parcours et son expérience européenne seront des atouts pour faire avancer les dossiers complexes, qu’il s’agisse de la protection des données, de la régulation des plateformes ou de la promotion de l’innovation numérique.

Avec Barnier, le gouvernement dispose désormais d’un interlocuteur capable de renforcer l'alignement entre les priorités françaises et les grandes orientations européennes en matière de numérique. Son arrivée pourrait être un véritable levier pour faire progresser une vision numérique souveraine, inclusive et durable, face aux défis mondiaux de demain.

Cette nomination est donc à surveiller de près, car elle pourrait marquer le début d'une nouvelle ère pour la France numérique, une ère où la transformation digitale serait enfin en phase avec les ambitions économiques et sociales de notre pays.

Et maintenant ?

Michel Barnier, avec sa stature internationale et son expérience de terrain, est bien plus qu'une figure politique. Son rôle au sein du gouvernement pourrait bien catalyser la stratégie numérique française, en la plaçant à la croisée des enjeux de régulation, de souveraineté technologique et d’inclusion sociale. Reste à voir quelles mesures concrètes seront prises dans les prochains mois, mais son arrivée est sans aucun doute porteuse d’espoir pour un numérique plus maîtrisé, plus éthique et plus juste.

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